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25 Avr 2019

Bovin viande: préserver le potentiel de production en été

25 Avr 2019

Stress thermique : un problème encore mal connu en bovin viande

Si les effets de l’excès de chaleur sont facilement visibles sur les vaches laitières (baisse de production, variation des taux…), ils le sont moins sur les bovins viande. Cependant les bovins à l’engraissement souffrent au moins autant que les vaches laitières. A partir de 25° C, l’animal diminue immédiatement sa consommation, et celle-ci mettra plusieurs jours à se stabiliser, même avec des températures inférieures. Les animaux augmentent leur rythme respiratoire et ils doivent consommer de l’énergie pour dissiper l’excès de chaleur, ce qui contribue à une augmentation significative des besoins d’entretien : on parle alors de stress thermique. Les races à pelage foncé souffrent davantage que les races à pelage clair, et le gras de couverture fait également office d’écran thermique ralentissant la dissipation de l’excès de chaleur. Les animaux en finition souffrent également davantage du fait de leur plus faible surface corporelle en proportion de leur masse.

A noter également, que les mâles reproducteurs voient leur fertilité fortement baisser (diminution de la motilité et de la quantité de semence produite).

En moyenne, entre 2015 et 2017 en France, c’est plus de 30 % du temps des trois mois d’été (Juin à Août) qui est au-delà du seuil acceptable pour des bovins à l’engrais (déterminé sur la base d’un index THI combinant à la fois la température et l’hygrométrie) (Enquête terrain Lallemand Animal Nutrition).

Différents essais réalisés par Lallemand Animal Nutrition ont permis de démontrer qu’en situation de stress thermique, l’ingestion devient très instable individuellement. Cette baisse d’ingestion est parfois plus délicate à apprécier au niveau du lot, car très instable dans le temps d’un animal à l’autre. Cela conduit à des chutes de croissance pouvant aller jusqu’à des croissances négatives pour un certain nombre d’animaux (fonte musculaire du fait de la faible ingestion). Dans des situations extrêmes la qualité de la viande peut également se dégrader (pH ultime plus élevé à l’abattoir, gênant pour une bonne maturation).

Enfin, si l’animal ne parvient pas à se refroidir, il peut y avoir des mortalités subites (entérotoxémies et défaillances cardiaques par ex.).

 

Stabiliser le rumen pour une meilleure gestion du stress

Un essai réalisé au Texas (centre de recherche Texas A &M AgriLife, Lallemand Ruminant Center of Excellence) a démontré qu’en situation de stress thermique, l’ingestion de levure vivante spécifique ruminant Saccharomyces cerevisiae CNCM I-1077 (LEVUCELL SC) a permis de stabiliser (moindres variations journalières individuelles) et d’améliorer l’ingéré.

La prise alimentaire s’est également révélée plus régulière au cours de la journée, alors que les animaux ne recevant pas LEVUCELL SC ont davantage consommé par à-coups dans les périodes plus fraîches.

Par conséquence, le GMQ a été amélioré de 50 g/jour, et le poids de carcasse de 5 kg sur la période d’engraissement (70 jours) avec une ration globalement peu acidogène.

Un autre essai réalisé en Italie dans un élevage commercial (coopérative Consortio Agrario del Nordeste) sur des Charolais, montre des résultats similaires (+5% GMQ avec un index thermique THI moyen autour de 70) et permet d’aller plus loin dans la compréhension des mécanismes en jeu. En équipant les animaux du système de bolus SMAXTEC qui permet de mesurer le pH ruminal en temps réel, cet essai montre que:

  • Le PH ruminal diminue en condition de stress thermique, lié notamment aux fortes variations d’ingéré et moindre pouvoir tampon de la salive (halètement).
  • La levure vivante permet de stabiliser le pH ruminal, et ceci d’autant plus que l’animal est en condition de stress thermique (Figure 2).

Ainsi, le pH ruminal est indirectement affecté par les conditions climatiques et l’utilisation de levure vivante, connue pour ses effets stabilisateurs sur le pH ruminal, permet de minimiser cet effet avec des conséquences sur l’ingéré et la croissance.

 

En pratique, comment faire face au stress thermique ?

Quelques mesures d’adaptation simples peuvent être mise en place au niveau de l’élevage à l’approche des périodes de fortes chaleurs:

  • Vérifier le débit des abreuvoirs très souvent insuffisant. La consommation d’eau augmente fortement.
  • Vérifier l’apport en sodium. Généralement il est conseillé d’augmenter cet apport au-delà des besoins stricts, ceci afin de stimuler la prise d’eau. Un apport de 30 à 50 g / J semble adapté en Europe. De même vérifier l’apport en potassium notamment pour les rations riches en grain (apport optimum 14 g / kg M.S, apport minimum 8 g / kg M.S).
  • Aérer le bâtiment au mieux en créant du courant d’air. Des ouvertures basses permettant de rafraîchir les animaux sont très utiles. Procurer de l’ombre, s’il n’y en a pas.
  • Concentrer la ration pour limiter les effets de la diminution de consommation :
    • A 27°C – diminution ingestion 4 % = perte potentielle de croissance 100 g environ.
    • A 30°C – diminution ingestion 10 % = perte potentielle de croissance 300 g environ.
    • A 35°C – diminution ingestion 28 %  = perte potentielle de croissance 800 g environ.

L’utilisation de matières grasses apparaît tout à fait intéressante dans cette situation.

  • Mettre en place une stratégie de désinsectisation précoce. Les mouches provoquent une baisse de la rumination préjudiciable.
  • Apport de levure vivante LEVUCELL SC en dose « renforcée » dès l’augmentation de la température ambiante. En stabilisant la consommation, LEVUCELL SC permettra de maintenir le potentiel de croissance.
  • Surveiller enfin l’échauffement de la ration à l’auge. Un essai réalisé sur génisses d’élevage a révélé une diminution de l’ingestion de 11 % avec une ration qui s’échauffe (Essai Dr Kung – université du Delaware). En cas d’échauffement de la ration, essayer d’étaler davantage la ration et la repousser plus fréquemment, sachant que la méthode la plus efficace est l’inoculation des ensilages à la récolte avec un conservateur à base de Lactobacillus Buchneri à une dose supérieure de 300000 CFU / g.
  • Le fait de distribuer la ration aux heures les plus fraîches de la journée favorise aussi la consommation.

A moyen terme :

  • L’accroissement de la température ambiante et surtout son instabilité croissante sont pénalisantes pour les bovins à l’engrais. Il y a intérêt à réfléchir à une conception adaptée des bâtiments. Accès plus facile à l’eau avec un abreuvoir pour 10 animaux au maximum.
  • Enfin, si ventilateurs et brumisateurs apparaissent aujourd’hui comme un luxe inutile en bovin viande, ils apparaîtront peut être comme indispensables dans un futur qui n’est pas si lointain.